La papeterie à Entre-deux-Guiers

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Les sites, les moulins et les productions

 La commune: avant le 09 mars 1914 , la papeterie du Moulin Neuf est située sur la commune de Miribel. Après cette date, le hameau est rattaché à la commune d’Entre-deux-Guiers.

  Le cours d’eau. La papeterie est située sur la rive gauche du Guiers mort, à quelques dizaine de mètres de la confluence avec le Guiers vif.

 On relève trois roues et une turbine en 1876. Le canal amont alimente le moulin par  une vanne de côté. Cela montre une conception moderne  car cela permet de limiter les effets d’une inondation.

schéma des sites

1-La râperie à Fourvoirie

( il y avait aussi la distillerie des Chartreux et des martinets)

2- Le Moulin Neuf

3-la Corderie

(annexe de la papeterie: tapisserie tressée en papier-carton

commune d’entre-deux-guiers)

4-les Maillets

( devenue une tuberie; commune des Echelles)

Historique

  Fondée tardivement la papeterie de moulin-neuf n’avait pas les critères favorables de développement de ses proches concurrentes. Toutefois elle a perduré pendant un siècle comme annexe de grandes sociétés grenobloises à savoir Blanchet frères et Kléber (Rives) puis Lafuma-Navarre (Paviot-Voiron) et enfin Matussière et Forest ( Domène ). Si, à partir de 1919  son exploitation relève de motivations  stratégiques de grands groupes, auparavant ce sont des logiques familiales qui se sont  mises en place. L’histoire de cette papeterie se confond avec celle de son patronat.

            La papeterie du moulin-neuf a connu 5 propriétaires depuis sa fondation. Chacun a modifié le site selon des besoins et des critères économiques contemporains. La troisième période est la plus connue grâce aux notes manuscrites laissées par Henri Thouvard. On a élargi les informations au rôle social et confessionnel du patronat papetier local.

            1- la laborieuse naissance de la papeterie du moyen Guiers (1864-1895)

            En 1864, Maurice Gondrand crée une papeterie dans les locaux d’une ancienne taillanderie qui avait appartenu aux Chartreux avant d’être vendue comme bien national. C’est une unité de transformation de pâte de bois de trembles qui donne un papier de qualité médiocre pour des spécialités de pliage. Toutefois l’usage de ce type de pâte faisait de la fabrique un lieu d’innovation technologique, car à l’époque le chiffon était ailleurs la matière de base. Mollin indique que le nouveau propriétaire était un ancien cadre d’une papeterie voironnaise. Dès 1859, il s’était associé avec Adolphe Depard, un négociant voironnais pour créer la société Maurice Gondrand et Cie pour le commerce des articles de papeterie. Il était donc passé avec le temps, du négoce de papiers, à sa production. Il avait retenu comme critères du choix du site d’abord la qualité de l’eau qui est filtrée par les sable de la plaine de Saint-Laurent du Pont, puis la régularité et l’abondance du débit d’eau. L’installation de trois roues et ensuite d’une turbine permettaient de disposer d’une force hydraulique importante. Enfin, la main-d’oeuvre paysanne était bon marché, docile et réputée pour ne pas se mettre en grève. Xavier Roux qui avait interviewé le propriétaire en 1887 précise qu’il y avait un accord tacite entre le patron et les ouvriers afin qu’il y ait toujours du travail pour une équipe stable, qu’il n’y ait pas de recrutement de main d’oeuvre  intérimaire et pour que les horaires permettent à chacun de travailler quotidiennement sur son lopin de terre. Mais l’étude des fichiers de la papeterie de Rives[1] a montré que ce type de main-d’oeuvre est en fait instable et peu efficace, du fait de leur double activité. L’éloignement du réseau de transport était un handicap sur les coûts qui dura jusqu’à la création de la ligne de tramway Voiron-Saint-Béron. Un embranchement particulier existait entre la gare d’Entre-deux-Guiers et la papeterie, le long de l’actuelle rue de Verdun. Les wagons poussés depuis la gare étaient remontés par des chevaux. Maurice  Gondrand ne dirigeait pas lui-même la papeterie. Il la loue à  Carre-Pierrat Clément et Pachoud Aîné qui y seront encore en février 1873. C’est à ce moment que le Maire constate sur une requête du Préfet l’exhaussement illégal du barrage amont mais convient de sa nécessité pour la fabrique. Il indique que « le propriétaire est en faillite et que lui seul peut remettre l’édifice en conformité ». Pourtant, durant les années 76/78 les exploitants continuent la production avec les mêmes tracas administratifs. En 1876 le Préfet leur demande de détruire une surélévation qu’ils ont construit sans autorisation. Ils insistent en mettant en avant l’utilité de l’édifice et les 20 000 francs d’impôts de fabrication qu’ils retirent de leur activité. A cette époque, la production s’est diversifiée vers des produits plus fins car il y a sur les plans une salle de stockage du chiffon, mise à l’écart (odeur et incendie) et une salle de lessivage avec ses chaudières. L’usine aurait compter une cinquantaine d’ouvriers paysans à cette date. Auguste Rey rachète la papeterie en faillite en juillet 1879. Les tracasseries administratives poursuivent le nouveau propriétaire; Le 11 mai 1881 il est mis en demeure de supprimer les maçonneries hors du règlement de la préfecture du 19/2/1877. Ayant conçu son investissement comme un placement, il loue la fabrique dans un premier temps. Mais deux désastres successifs l’obligent à reconstruire une partie des édifices. En 1883, il prend la direction des moulins. Une nouvelle explosion d’une machine à vapeur et la destruction du bâtiment la contenant permirent de nouvelles améliorations. La première évolution majeure du moulin fut le passage à la pâte à papier chimique dite de cellulose d’origine landaise ou scandinave. Mais tous les frais engagés , ajoutés à une inexpérience comme fabricant de papier, mirent Auguste Rey dans une situation financière très délicate.

2-L’intégration au groupe rivois Blanchet frères et Kléber ( 1895-1905)

            Entre  1895 et mai 1905 BFK devient propriétaire » à la suite d’affaires familiales »pour reprendre une expression d’Henri Thouvard. En effet Auguste Rey avait épousé la fille du célèbre « Alpinus »[2] Maire de Voiron (1851-78) et d’ Athenais Roux. Il devenait ainsi le neveu d’Alphonse Kleber[3]. Les conditions de rachat ne sont pas connues mais Rey était en faillite , semble-t-il. Il est probable qu’il y a eu aussi le souci de ne pas laisser une mauvaise image de la « famille » mais également de laisser se développer un concurrent. BFK cherchait à contrôler les usines ayant le potentiel pour faire du papier photo qui était leur production dominante et leur « chasse-gardée. ». L’essentiel de l’effort de BFK porta sur l’achat d’une machine neuve Allimand en 1896 d’une largeur de 1750 mm.

3 -La société en commandite « Thouvard et Delafon » (1905-1909)

            Dans ses mémoires Henri Thouvard raconte comment s’est créée la société en commandite. En mars 1905, il venait de quitter son poste à Montceau les Mines et rentrait en train. Il y rencontre Jules Blanchet, cousin voironnais des Blanchet de Rives et représentant en papeterie. Ce dernier lui explique que BFK  a une encombrante annexe en Chartreuse. Le 23 mars 1905, H. Thouvard est reçu par l’équipe dirigeante de BFK et deux jours après ils visitent le site. Toutefois il est stipulé que la nouvelle société serait une association avec un »ami de la famille », René Delafon. Pour l’exploitation , on créa une société en nom collectif « Thouvard et Delafon » au capital de 500 000 francs en mai 1905. BFK avait évalué la valeur de la papeterie au montant des investissements qu’elle avait consentis, soit 500 000 francs. Chacun apporta 150 000 francs soit 1/3 pour l’achat et 2/3 pour le fonctionnement.  Les deux associés disposaient de 10 années pour rembourser les 400 000 francs restant. On note que BFK  conserve ainsi une part du capital et donc un pouvoir sur les décisions. Il était instauré une parité entre deux associés dans tous les domaines. ( parts de fondateur, appointements, dividendes)

            Le 13 avril 1905 le directeur de l’usine, Delon, les accompagne à Marseille  chez leur principal client, les raffineries de Saint Louis, à qui ils fournissaient de la cartonnette bleu sur gris pour faire les boîtes à sucre. Ils se répartirent les tâches. R. Delafon s’occupa des aspects financiers et commerciaux et H.Thouvard de la technique. Ils eurent ensuite une politique d’expansion en cherchant à se garantir des matières premières, une gamme et des débouchés. Des initiatives se concrétisèrent avec une particularité : ce sont les gérants en tant qu’individus et non la société qui investissent

            La richesse de la forêt cartusienne en bois avait donné l’idée à un scieur  de Saint-Laurent du Pont, Paul Sestier, de créer une râperie de bois mécanique. Il était installé à Fourvoirie dans les locaux de la société Paturle où il y avait des artifices hydrauliques importants. Lorsque Sestier annonça qu’il cessait cette activité, Henri Thouvard racheta le matériel avec de l’argent emprunté à son beau-père. R. Delafon refusa de s’y associer.Il constitua une société séparée, plaça un contremaître et poursuivit avec profit cette production complémentaire en amont de celle de Moulin-Neuf. Cette râperie a fourni la papeterie en pâte de bois humide de 1905 à 1912. Tout cela cessa en 1912 avec le départ du propriétaire et la récupération des locaux par la société Paturle.

            En 1907 la société « Thouvard et Delafon » acheta un second moulin aux Echelles (Savoie), au lieu dit Le Maillet et répartit la fabrication ainsi: le Moulin Neuf pour la fabrication du papier, et Les Maillets, sur un canal, pour la préparation de la pâte à papier à base de bois. Puis ce fut l’achat et la mise en route d’une seconde machine, une Thiry (belge) de 1.40 m. En décembre 1906, après avoir été visiter plusieurs usines en liquidation, Henri Thouvard se rendit en Belgique où il rencontra Monsieur Thiry . L’achat fut conclu avec une livraison sous 5 mois.  Pour compléter la gamme de la fabrication et peut-être rentabiliser la capacité de fabrication de pâte à papier de bois, la dite société loua la papeterie de Caline à Saint-Rambert en Bugey qu’elle exploitait à distance. La production de cette usine complétait les sortes de la gamme d’Entre-deux-Guiers. L’activité de cette usine s’arrêta le 5 août 1914 avec la mobilisation générale.[4] Ces trois décisions avaient été prises avec l’accord de la famille Blanchet qui avait fait l’avance des fonds. Mais cela eut des conséquences graves car la parité entre les deux administrateurs venait de cesser, en faveur de René Delafon.

            La rivalité et la dispersion des dirigeants semblent avoir agité la direction de l’entreprise et le rôle des familles fut important. Les deux caractères indépendants s’opposèrent lors d’une succession de difficultés.

René Delafon était issu d’une famille catholique. Il a travaillé comme gérant à la papeterie de Caline. En 1907, il épouse Madeleine,  la fille d ’Augustin Blanchet. Il devient ainsi un des héritiers de la dynastie Blanchet et un des  futurs dirigeants de BFK.

Henri Thouvard était le fils d’Emile Thouvard ,un entrepreneur grenoblois et le neveu d’un banquier. Son beau-père, le docteur Dumarest exerçait à Renage. En 1905 il arrivait de Monceau les Mines et parmi ses expériences antérieures, il y avait une période à Moulin-Vieux chez Escarfail, à Lancey chez Bergès où il avait eu André Navarre comme supérieur et à Rioupéroux chez Devilaine. Il a de l’expérience et a investi son capital dans la papeterie et l’achat d’un chalet à Entre-deux-Guiers. C’est un élément de la notabilité grenobloise catholique. Son engagement dans la voie du catholicisme social s’est traduit dans la vie de l’entreprise et dans sa  vie publique, politique et confessionnelle.

4- La société anonyme « la papeterie du Guiers » ( 1909 - 1919)

            En 1909 , c’est la création de la SA « la papeterie du Guiers » au capital de 900 000 francs décomposés en 900 actions de 1000 francs. Cela se fit sur l’insistance de BFK car l’ achat d’une seconde machine installée dans le moulin des Maillets et la location de la papeterie de Caline avaient accru les moyens de la société. Mais ce qui fut décisif, ce fut que BFK devint elle-même une société anonyme et par suite contraignit cette sorte de filiale à suivre son choix. Augustin Blanchet devint le président du Conseil d’administration .Les deux administrateurs délégués obtinrent un appointement fixe de 12 000 francs en 1909. Le fait est que c’est BFK qui contrôle le Conseil d’administration.

            L’intégration en aval de la production fut également organisée. En 1910, 10 jours après la création de la S.A « papeterie du Guiers » fut créée la SA « corderies du Sud-est».René Delafon et quatre autres actionnaires financèrent et exploitèrent cette nouvelle usine située aux Echelles (Savoie). Le but de la manufacture est de fabriquer des ficelles et cordages avec des  papiers fournis par les papeteries du Guiers. En novembre 1918, la société Textilose la racheta .

            1909 à 1912 fut une période troublée pour le tandem de direction. Des désaccords apparurent sur plusieurs points . Le montage de la machine Thiry fut difficile et il y eut des pertes en plus des délais de livraison qui n’avaient pas été respectés par le fabricant. Les commandes baissaient à la fois pour des raisons de récessions sur le marché mais aussi de saturation dans leurs spécialités. L’engagement d’Henri Thouvard en septembre 1906 lors du congrès régional des fabricants de papier qui s’était tenu à Grenoble, en faveur du repos hebdomadaire des ouvriers avait agacé les confrères et avait été appliqué à Entre-deux-Guiers. Ceci avait légèrement augmenté les coûts de production et cela a pu pénaliser l’aspect compétitif des produits finis. Enfin la transformation en société anonyme impliquait une augmentation du capital à un moment où H. Thouvard n’avait pas les fonds.

La première victime du désaccord fut le beau-frère de H.Thouvard qui fut renvoyé en mai 1909. Lorsqu’une grève des ouvriers éclate en juillet 1910 pendant l’absence du directeur technique, le Conseil d’administration décide de prendre des mesures.  En 1910, Henri Thouvard cède sa place de directeur technique à Monsieur Fourneron à la suite  »de dissentiments profonds avec Delafon ». Il continue à toucher ses appointements d’administrateur et participe de loin en loin à la gestion.

            Un dernier épisode a marqué la vie de la papeterie avant la Grande Guerre. Un incendie éclate vers 17 h au mois de janvier 1912. Immédiatement le personnel mais aussi les villageois interviennent pour éteindre et  circonscrire le foyer. Alors que le capitaine Langlois[5] et les pompiers de Rives arrivent promptement sur les lieux avec leur pompe à moteur à essence , un autre personnage s’illustre: l’abbé Olagnon « sur le toit ,en soutane, barrette vissée sur le crâne, à cheval au sommet de la toiture du bâtiment des chaudières coupant à grands coups de hache la toiture en flammes pour l’isoler  de la voisine ». L’incendie fut maîtrisé vers 4 h du matin et il était dû à un court-circuit électrique sous la charpente, au-dessus de la salle de triage au 1 er étage et  de la machine 1 au rez de chaussée. Cette machine fut arrêtée pendant 8 jours et la Thiry 24 jours. Les optimistes louèrent l’effort d’amélioration réalisé lors de la rénovation. Les autres comptèrent les journées perdues.

            En 1912 grâce à son beau-père, Thouvard devient gérant de la papeterie de Renage et s’y consacre. Il déménage et son automobile, une Pilain, la première d’Entre-deux-Guiers ne trouble plus la vie du bourg. En accord avec Augustin Blanchet il reprend la direction des usines le 11 septembre 1914 alors que R. Delafon a été mobilisé. Réformé, Delafon reprend sa place et H. Thouvard espace ses interventions. En 1919, en accord, les gérants et les actionnaires vendent à la société « Textilose S.A [6]». La nouvelle société était très intéressée par les capacité de la Thiry. Il faut rappeler que, dès cette époque,  le coût d’une machine rend l’achat des locaux dérisoires...

5- Un patronat localement engagé
      

            Le rôle local des dirigeants fut important, d’abord parce qu’ils sont les employeurs d’une partie importante des habitants et ensuite parce qu’ils avaient des moyens personnels et  financiers d’agir selon  leurs idées, notamment confessionnelles. En 1911, une soixantaine d’habitants d’Entre-deux-Guiers travaillaient à la papeterie.

            H. Thouvard s’installa sur la commune et s’impliqua énormément. Son premier engagement public eut lieu lors des élections cantonales de 1906. Il participa à des conférences et des débats contradictoires en faveur de Laurent Perinel, candidat sortant contre Reinach, candidat radical. Ensuite il fut élu membre du conseil municipal le 3 mai 1908. Il s’entendit avec le radical Loridon qui fut son premier adjoint et par 11 voix sur 12 il est élu maire d’Entre-deux-Guiers. Son élection avait pour but de mettre en place un consensus municipal qui dépassa les rivalités confessionnelles nées de la séparation de 1905. En effet le curé Rossat et le Maire Passet avaient mobilisé « leurs troupes » notamment le 12 mars 1906 lorsque fut fait l’inventaire des biens de l’église du Guiers. En 1908 l’Abbé Olagnon arrivait et c’était là une opportunité pour apaiser les esprits.

 

            Catholique convaincu, il participait à des pèlerinages à la Salette et Notre Dame de l’Osier et a côtoyé Emile Romanet.[7] Le nouveau maire se montra favorable au retour des Chartreux , à la présence de croix dans les classes d’école et aux processions  religieuses. Ces dernières avaient été interdites par arrêté préfectoral. A Entre-deux-Guiers elles furent  de nouveau autorisées. Cela provoqua une grande fureur du Préfet de l’Isère, qui convoqua Emile Thouvard, Maire de Barraux ( le père) et Alcide Thouvard, Maire de Meylan ( l’oncle) pour avoir des éclaircissements sur le jeune maire qui s’opposait à ses instructions. Il devait se souvenir qu’on avait déjà arrêté un Thouvard (Georges, le fils d’Alcide) lors de l’expulsion des moines de la Grande-Chartreuse. « Ton père faisait une gueule ! » lui rapporta hilare son oncle. Afin d’obtenir une légitimité, il démissionna et fut réélu le 16 août 1908. Les mêmes apprirent avec surprise que Monseigneur Henry, évêque de Grenoble avait béni la nouvelle machine Thiry en 1908[8]. Il « redémissionna « fin 1909 à une période où il était peu présent à Entre-deux-Guiers. Il se représenta en 1912 mais il fut battu. Le dernier acte d’action civique et confessionnelle eut lieu en juin 1911. Avec l’aide de l’abbé Pellet, curé de la Ruchère, il enlève le Christ mutilé du calvaire de la Grande Chartreuse et l’installe dans son jardin après l’avoir fait restaurer. A l’époque ,le Couvent de la Grande Chartreuse était inoccupé. Le Christ sera ensuite placé à Renage jusqu’au retour des Frères Chartreux en 1940. Employeur et maire, il disposait d’une certaine indépendance sur son » territoire ». D’ailleurs, sa démission coïncide avec un rôle contesté dans son  entreprise.

 

            Le patronat papetier catholique laissa également son empreinte dans le paysage scolaire. La société acheta en 1906 à la demande du curé Rossat à Entre-deux-Guiers et en 1907 à Miribel les Echelles les locaux , construits par les Chartreux, qui servaient de bâtiments aux écoles catholiques et qui avaient été confisqués. En 1910 lors de la création de la S.A, chacun des deux dirigeants se vit attribuer un local. H. Thouvard donna le sien -l’immeuble Montcelet- à la société civile de la commune  et devint en 1911 l’école catholique des garçons. On voit bien dans ces deux exemples comment le patronat prend possession de l’espace industriel et social de la commune.

 

6 - Un site intégré dans des groupes nationaux

 

            En un demi-siècle, la papeterie était devenue  une unité de fabrication complexe et autonome avec deux machines et un débouché garantit sur place. Lorsque le 10 novembre 1919 André Navarre fait racheter la société anonyme  « La papeterie du Guiers » par la SA « pâtes, papiers, textiloses » , il rajoute une spécialité papetière à l’éventail déjà fourni de son groupe. Présent dans le Voironnais  depuis l’intégration des papeteries LAFUMA de Paviot ( Voiron) et Bertholet de Vesseling (Coublevie), il avait été séduit par les potentiels  techniques « des moulins du moyen Guiers ».La production de papier pliage et emballage, cartonnette s’y développa.

 

            Le groupe Papeterie Matussière et Forest exploite actuellement une machine de 2.40 m pour produire du papier et du carton de couleurs destinés à la fabrication de dossiers et de matériels de classement. La matière première est composée essentiellement de vieux papiers recyclés. Comme au début du siècle, la société est le premier employeur et le premier contribuable de la commune.

 

            L’histoire de cette papeterie apparaît éminemment rivoise. En effet c’est un neveu des Kleber, puis les Blanchet et les Kleber directement puis un gendre Blanchet qui ont dirigé. Les ouvriers et les cadres ont sûrement fait comme le sieur Delon qui était directeur en Chartreuse en 1910 et vint poursuivre sa carrière à Rives.

A- Bibliographie et sources

           -Archives municipales

                                   non exploitées

            -Sources       

                  - archive privée Thouvard

                                   - biographie manuscrite d’Henri Thouvard

                        - archives Allimand

                                   - liste des machines vendues    

                        - archives départementales de l’Isère

                                   - cours d’eau : 7 S 2/41

                                   - Fonds Blanchet ( 30J)

                                   - Série 11U416 et 417 . acte des société s

                        -Bibliothèques municipales Lyautey à Grenoble

                                   - Annuaire des valeurs de la banque Charpenay. 1919

            -Bibliographie

            - Mollin (Joseph) : Le bassin moyen des Guiers . 1946. Revue de géographie alpine

            - Roux ( Xavier) Les papetiers du Dauphiné . 1887

            - Contacts

Monsieur Baffert, adjoint au Maire m’ a reçu en novembre 1993. Il a rédige pour le bulletin             municipal une courte monographie concernant la papeterie  et les problèmes de rattachement à une commune ( fiscalité). Il a vérifié le schéma en mars 1997;

Monsieur Robert Thouvard, fils d’Henri Thouvard qui a eu connaissance de l’histoire  familiale.


[1] - Chroniques Rivoises n°19. Mai 1995.

 C. Darnault : « évolution de la papeterie à travers celle de son personnel (1868-1938) »

[2] - Alpinus était le surnom de Frédéric Faige-Blanc, Maire de Voiron réputé pour ses chasses.

    Plusieurs ouvrages racontent ses exploits.

   Alice Faige-Blanc avait épousé Auguste Rey en 1862

[3] - sa soeur Emmeline Roux avait épousé Alphonse Kléber ( + 1900) un des dirigeants de BFK,

[4] - Les locaux seront achetés  par le groupe Navarre puis revendus en 1923 à la société Voisin-Pascal.

[5] - Jean Langlois, gendre d’Augustin Blanchet et beau-frère de René Delafon fut un pompier expérimenté qui mit au point la lampe Casimir. Lire MT Poncet . Histoire de Rives sur Fure aujourd’hui.

-Sur les pompiers lire Chroniques rivoises n°10- Novembre 1990.- René Douillet: « A Rives, il y a 145 ans...la création de la compagnie de sapeurs -pompiers. »

[6] - Groupe André Navarre

[7] - Emile Romanet est le fondateur en 1919 des allocations familiales.

[8] - la machine n°4 à Renage sera également bénie en 1954.